Tableau impressionniste de la conférence internationale de sages-femmes, Paris 2001

La note du rĂ©dacteur: Cet article a premièrement paru dans Les Dossiers de L’ObstĂ©trique, no. 304, avril 2002, publiĂ© par E.L.P.E.A., Paris, France.
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Paris, Midwifery Today, 18 au 22 octobre 2001

Une conférence chaleureuse, de sages-femmes de nombreux pays: Islande, Israel, Danemark, Mexique, Suisse, Belgique… Il y avait un bon nombre de sages-femmes de toute la France. Et de pratiques variées, hôpital, libérales, PMI. De três nombreux thêmes de rencontres étaient proposés et nous avons donc pu assister à quelques-uns. Voici pour commencer quelques pensées marquantes entendues au cours de ces journées:

UN CONGRES: ouverture possible de la pensée, du cœur et de la conscience.

Je reviens tout juste (suis arrivĂ©e hier soir) du congrès de Midwifery Today auquel j’ai participĂ© du 17 au 22 octobre dernier Ă  Paris (oui ma chère!). A partir des paroles que j’ai notĂ©es, je veux vous faire un petit tableau impressionniste du paysage de ce congrès. Ce n’est donc pas vraiment un rĂ©sumé… mais j’aime mieux ça. Je n’incluerai pas non plus mes critiques et mes dĂ©ceptions, qui accompagnent toujours des Ă©vĂ©nements comme ceux-ci.

  • La naissance est de plus en plus artificielle.
  • L’accouchement moderne est un dĂ©sastre Ă©cologique.
  • L’obstĂ©tricien-gynĂ©cologue est formĂ© Ă  l’action et non pas Ă  l’attente.
  • Puissance va avec jouissance.
  • Tout ce qu’on trouve discutable doit ĂŞtre discutĂ©.
  • Comment se fait-il qu’un accouchement naturel semble une excentricitĂ© maintenant?
  • «The midwife is also a ritual practitioner because birth is a rite of passage…»
  • Le savoir de l’obstĂ©trique vient de la science.
  • Le vĂ©ritable savoir des sages-femmes doit venir des femmes.
  • Il faut toujours faire attention Ă  ce qu’on fait: tout a une consĂ©quence.
  • Un bĂ©bĂ© est un ĂŞtre de relation: un bĂ©bĂ© seul, ça n’existe pas.
  • Qu’est-ce que la femme que vous avez vu hier a Ă  vous dire sur la profession de sage-femme, sur la grossesse, sur l’accouchement, sur la naissance? (l’amour, la vie…)
  • L’obstĂ©trique a dĂ©veloppĂ© un regard suspicieux sur les femmes.
  • Pour avoir une vĂ©ritable autonomie, faudrait d’abord ĂŞtre capable de sortir de l’hĂ´pital.
  • Travailler avec un mĂ©decin est très diffĂ©rent que de travailler «comme» un mĂ©decin.
  • Dans les hĂ´pitaux on finit par avoir l’impression que c’est le moniteur qui fait battre le cĹ“ur fĹ“tal.
  • L’autonomie des femmes et celle des sages-femmes sont interdĂ©pendantes.
  • Si la femme n’est pas libre, la sage-femme n’est pas libre non plus.
  • La naissance hors hĂ´pital libère la sage-femme et les femmes
  • Question aux parents: «que voulez-vous faire pour accueillir ce nouvel ĂŞtre humain qu’est votre enfant?»
  • La sage-femme protège la partie amoureuse de la maternitĂ©.
  • Les choses ne sont pas normales parce qu’elles arrivent souvent; elles arrivent souvent parce qu’elles sont normales.
  • La logique de la technologie: si on l’a, pourquoi ne pas s’en servir? Si on peut le faire, pourquoi ne pas le faire?
  • On surĂ©value l’information: ceux qui ont le pouvoir sont ceux qui savent lire les machines.
  • Sortez l’accouchement normal de l’hĂ´pital! (Marsden Wagner)
  • Le droit de choisir les interventions obstĂ©tricales est dangereux.
  • Il est temps d’obliger les mĂ©decins Ă  aller Ă  des accouchements en dehors de l’hĂ´pital.
  • Nous avons sĂ©cularisĂ© le processus de la naissance
  • En quittant les femmes, les sages-femmes se sont quittĂ©es en mème temps.
  • «Are we doing obstetrics or midwifery?» (Titre d’une prĂ©sentation… ma prĂ©fĂ©rĂ©e. C’est une maudite bonne question non? En fait, c’est celle que nous devrions nous poser…)
  • Les mĂ©decins utilisent la logique obstĂ©tricale, basĂ©e sur la pathologie. Les sages-femmes devraient utiliser une logique physiologique.
  • L’inconscient est en jeu dans l’accouchement. C’est pour ça que chaque accouchement est unique.
  • Si on appuie sur la tĂŞte des Ă©lèves pendant 4 ans, dès qu’elles sortent, elles appuieront sur la tĂŞte de quelqu’un d’autre.
  • Le discours obstĂ©trical est un cercle vicieux: pathologie… peur… pathologie… peur (la technologie n’y change rien).
  • Les sages-femmes ont Ă©tĂ© poussĂ©es dans la marge des savoirs autour de la naissance.
  • Un accouchement Ă  l’hĂ´pital ne peut pas ĂŞtre sĂ©parĂ© de l’hĂ´pital.
  • Si on fait taire les femmes, on fait taire la vie.
  • L’obstĂ©trique veut se protĂ©ger du grand dĂ©sordre crĂ©ateur de l’accouchement.
  • On a fait des sages-femmes des auxiliaires de la mĂ©decine.
  • Maintenant, c’est quelque chose de mĂ©dical qui est au centre de la naissance.
  • La mĂ©decine actuelle fait passer les femmes actuelles Ă  cĂ´tĂ© de la naissance.
  • Nous devons baser nos protocoles en rapport Ă  la physiologie et non Ă  la pathologie.
  • Se prĂ©parer Ă  l’enfantement c’est se prĂ©parer Ă  l’imprĂ©vu.
  • Quand on parle de physiologie, on ne peut plus sĂ©parer la mère de l’enfant.
  • Si une femme est respectable, son corps est respectable, son temps est respectable.
  • C’est logique de se sentir impuissant: ce n’est pas notre histoire.
  • La peur et la douleur font partie de la sensation d’ĂŞtre vivant.
  • Notre vocation est d’ĂŞtre le bras droit des femmes, pas celui des obstĂ©triciens.
  • Notre interlocuteur principal c’est la femme, pas l’obstĂ©tricien.
  • Quand les sages-femmes souffrent dans leur art, les femmes souffrent dans leur corps.
  • Le centre de l’obstĂ©trique? la science.
  • Le centre de la pratique sage-femme? la femme.
  • L’obstĂ©trique et la pratique sage-femme sont deux disciplines totalement diffĂ©rentes.
  • Comment mesure-t-on ce qui arrive? Avec des machines.
  • La pratique des sages-femmes a Ă©tĂ© institutionnalisĂ©e.
  • Souvent nous ne sommes pas conscients que l’hĂ´pital est une intervention.
  • Ce qui est appropriĂ© pour quelques-unes ne l’est pas pour toutes.
  • Maintenant la sage-femme est une commoditĂ© dans le marchĂ© des soins.
  • Laissons aux obstĂ©triciens la pensĂ©e obstĂ©tricale et dĂ©veloppons la pensĂ©e sage-femme.
  • Ce qui a primĂ© pour la mĂ©decine obstĂ©tricale a Ă©tĂ© de marquer son territoire. Qu’attendons-nous pour marquer le nĂ´tre?

Michel Odent: Quel avenir pour une civilisation où les bébés naissent «scientifiquement»?

Michel Odent remarque d’abord que les sages-femmes de tous pays sont plus nombreuses que les sages-femmes françaises. Il remarque particulièrement une sage-femme brĂ©silienne qui s’est mise sur la paille pour venir Ă  cette confĂ©rence. Le petit nombre de sage-femmes françaises est comparativement faible, il y voit la marque que nos compatriotes n’ont pas encore pris conscience de la gravitĂ© des enjeux dans la naissance.

«En ce qui concerne la naissance des bĂ©bĂ©s humains, nous sommes dans une situation sans prĂ©cĂ©dents. Certes toutes les sociĂ©tĂ©s humaines connues ont toujours plus ou moins perturbĂ© les processus physiologiques. Cependant, jusqu’Ă  une Ă©poque rĂ©cente, une femme ne pouvait pas avoir de bĂ©bĂ©s sans sĂ©crĂ©ter un cocktail complexe d’hormones de l’amour. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanitĂ©, la plupart des femmes, dans presque tous les pays industrialisĂ©s, deviennent mères sans s’imprĂ©gner de telles hormones. Les femmes qui accouchent par voie vaginale peuvent compter sur des substituts des hormones naturelles qui ne sont pas des hormones de l’amour (perfusions d’ocytocine synthĂ©tique, pĂ©ridurales se substituant aux sĂ©crĂ©tions d’endorphines, etc…). Les autres accouchent par cĂ©sarienne. Les questions doivent ĂŞtre posĂ©es en termes de civilisation. Quel est l’avenir d’une civilisation nĂ©e dans de telles conditions?»

Michel Odent anime de nombreux ateliers au cours de ses rencontres. Ses propos s’appuient sur les recherches faites par le Centre de Recherche en SantĂ© Primale que l’on peut consulter sur Internet: www.birthworks.org/primalhealth et dont les publications trimestrielles sont traduites en français par ALYCCS: alyccs.free.fr

Quelques façons d’inquiĂ©ter la mère Ă  partir d’informations scientifiques mal utilisĂ©es. La façon dont l’enfant naĂ®t, dĂ©pend beaucoup de comment a Ă©tĂ© l’Ă©tat Ă©motionnel de la femme enceinte. Pour cela, il est important, que par nos propos nous ne l’inquiĂ©tions pas inutilement. Un des facteurs de stress le plus souvent rencontrĂ© est la baisse du taux d’hĂ©moglobine. Sachant qu’en cours de grossesse l’augmentation du volume sanguin d’environ 40% est principalement dĂ» Ă  la dilution du sang, le taux d’hĂ©moglobine Ă©value cette dilution et donc la qualitĂ© de l’activitĂ© placentaire. En aucun cas elle ne reflète un manque de fer qui lui devrait ĂŞtre dĂ©tectĂ©, si besoin est, par des examens spĂ©cifiques. Les Ă©tudes prouvent que le taux idĂ©al pour l’Ă©change placentaire est de 9,5. S’il ne descend pas au-dessous de 10,5 il y a un risque accru de naissance prĂ©maturĂ©e, de prĂ©-Ă©clampsie… Un autre facteur de stress est la prĂ©sence d’une HTA sans signes associĂ©s en fin de grossesse. Il faut le considĂ©rer comme une rĂ©ponse physiologique Ă  une demande placentaire. S’il est isolĂ© c’est un bon signe. Cela ne veut en aucun cas dire qu’on est en prĂ©sence d’une toxĂ©mie gravidique. Quand on a une tumeur au cerveau, on a mal Ă  la tĂŞte, cela ne veut pas dire que lorsqu’on a mal Ă  la tĂŞte, on a une tumeur au cerveau! Un autre facteur de stress est le dĂ©pistage d’un diabète gestationnel. Ce diabète est une rĂ©ponse transitoire. Le placenta demande plus de sucre, donc la mère doit modifier sa gestion du sucre. On lui conseille traditionnellement de diminuer sa consommation de sucres raffinĂ©s et d’augmenter les hydrates de carbone, conseils que l’on devrait donner Ă  toute femme enceinte en dĂ©but de grossesse. Le terme de diabète gestationnel est stressant car il mentionne la notion de diabète. Il est aujourd’hui dĂ©suet et ne devrait plus ĂŞtre dĂ©pistĂ©. Michel Odent insiste beaucoup sur le fait que toutes ses recherches sont Ă  la disposition de tout le monde sur Internet au www.bmj.com—pubmed medline ou en recherchant par sujet.

Comment sommes-nous nés et pourquoi est-ce important.
Intervenante: Suzanne Arms (USA)

La naissance n’est pas importante pour la femme seulement, mais aussi pour le bĂ©bĂ© et pour notre sociĂ©tĂ©. Ce n’est pas que la fin d’une grossesse mais surtout, le dĂ©but de l’enfant. Les drogues que nous utilisons pour soulager les mamans changent de nom tous les dix ans, mais ce sont toujours les mèmes substances et ce sont celles qui sont utilisĂ©es plus tard par les jeunes (analgĂ©siques, stimulateurs, calmants…).

Le bĂ©bĂ© vit son expĂ©rience personnelle, mais il reçoit aussi celle de sa mère. Il ne vit pas que dans la relation Ă  sa mère mais a son propre sens du moi et du monde qui l’environne. Il perçoit vraiment quels Ă©tats Ă©motionnels habitent sa mère, mème si elle cherche Ă  les dissimuler ou qu’elle n’en a pas conscience. Le cocon de la pĂ©riode primale fait qu’il se sent lui, mais aussi couple mère/enfant. Quand le bĂ©bĂ© se sent aidĂ©, la naissance n’est pas traumatique pour lui. Malheureusement l’utilisation de drogues empèche qu’il se sente aidĂ©. Les recherches en biologie cellulaire permettent de savoir que les cellules nerveuses du bĂ©bĂ© sont formĂ©es par le biais des Ă©motions vĂ©cues par la mère depuis la conception jusqu’Ă  la fin de la première annĂ©e. Ainsi se mettent en place des principes, des modèles de fonctionnement qui resteront Ă  long terme et se transmettent de gĂ©nĂ©rations en gĂ©nĂ©rations. On oublie actuellement de se demander ce qui est bon pour la mère et donc pour l’espèce. Avec la technologie on ne tient pas compte de la capacitĂ© de la mère et surtout de l’enfant Ă  venir au monde avec cette sensation de joie de travailler ensemble. Les hormones sĂ©crĂ©tĂ©es par la maman lors d’un accouchement naturel donne Ă  l’enfant cette joie et cette excitation de rencontrer la vie. Quand elle le caresse juste après la naissance, il peut se dire qu’il est bien arrivĂ© chez lui. Pendant la grossesse, il reçoit la gamme complète des Ă©motions humaines, ce qui le prĂ©pare Ă  la compassion. Mais si la majoritĂ© des Ă©motions est le stress et l’anxiĂ©tĂ©, ce qui s’inscrit dans le cerveau est plus grave que les traces que pourraient y laisser des drogues. Et, Ă  la naissance, pendant que le foie et le rein essayent d’Ă©liminer ces drogues reçues pendant la naissance, le bĂ©bĂ© prend de graves dĂ©cisions sur ce qu’apporte la vie. LĂ  se joue la base de sa confiance dans la vie et dans sa maman. Dormir avec le bĂ©bĂ©, le porter, l’allaiter très longtemps lui permet de guĂ©rir en partie les traumatismes liĂ©s Ă  la pĂ©riode primale. La naissance est un vĂ©ritable dĂ©sastre Ă©cologique dans les hĂ´pitaux. Il faudrait se poser la question: «comment pouvons-nous aider Ă  ce que vivent des familles non-violentes habitĂ©es d’un esprit de coopĂ©ration?»

Si la maman est en paix dans son corps, elle sème les germes de la paix. Si dès le dĂ©but, l’enfant a peur, il ne se sent pas protĂ©gĂ© et sent que sa maman ne peut pas le protĂ©ger: ce sont les racines de la violence.

Trois modèles de soin
Robbie Davis-Floyd

I/ Le modèle technologique:
Nous vivons dans une sociĂ©tĂ© technologique. Dans ce système le corps et l’esprit sont sĂ©parĂ©s. Le corps est considĂ©rĂ© comme une machine. Les mĂ©decins savent que le corps n’est pas une machine mais ils le traitent tout de mème comme tel. Alors le corps des femmes devient une machine dans une usine et le bĂ©bĂ© est un produit. Comme si c’Ă©tait le système et non la mère qui produit le bĂ©bĂ©. Pour la technocratie les valeurs principales sont la science, la technologie. On s’occupe peu de la femme ou du bĂ©bĂ©. La femme est reliĂ©e par des tuyaux, des machines Ă  l’institution. Le pouvoir est Ă  ceux qui savent lire les machines. Les sages-femmes pour se maintenir, doivent donc elles aussi se former Ă  ces techniques.

Bien que le monitoring n’amĂ©liore pas les rĂ©sultats de naissance c’est une information. Ce qui intĂ©resse ce sont les informations. Si on peut faire on doit faire dans cette logique. On croit Ă  la suprĂ©matie de la technologie sur la nature. Si on peut le faire avec la technologie faisons-le: 70% des naissances dans les pays occidentaux sont instrumentalisĂ©s! Dans ce modèle le patient n’est pas important: la personne importante c’est le mĂ©decin. On divise en diffĂ©rente partie: la famille, la mère, le bĂ©bĂ©. On fabrique des bĂ©bĂ©s technologiques, des bĂ©bĂ©s cyborg. Cet usage agressif de la technologie permet d’intervenir de plus en plus tĂ´t. Dès la conception.

II/ Le modèle de bio-médecine:
Il y a des résistances à cette médecine peu humaine. Et il y a une approche bio-psycho- sociale. On y parle du lien corps-pensée. Dans ce modèle le corps est un organisme et non une machine.
Le patient est sujet et non objet. On utilise alors la technologie et ce que dit le patient. On habille plus humainement les salles de naissance. Ça peut aider mais c’est un changement superficiel d’attitude. Les technologies utilisĂ©es sont toutefois moins agressives (homĂ©opathie…).

III/ Le modèle holistique:
Ce paradigme utilise l’unitĂ© corps-pensĂ©e-esprit. La personne est un système Ă©nergĂ©tique. Cette Ă©nergie est utilisĂ©e dans de nombreuses cultures traditionnelles. On peut alors intervenir par la spiritualitĂ© qui amĂ©liore l’Ă©nergie sans utiliser de technologie. On prend la femme dans sa vie et on considère l’entitĂ© femme-sage-femme. L’exemple pris par Robbie: Une femme est en travail et son cri est aigu et plaintif «Oh! Mon Dieu! Oh! Mon Dieu!» Ă  chaque contraction. La sage-femme la prend dans ses bras, berce la femme et chante d’une voix grave: «Oh! C’est mieux! Oh! C’est mieux!» et entraine la femme dans cette Ă©nergie et l’accouchement a lieu peu de temps après. L’intuition aide Ă  trouver une solution, surtout si la sage-femme vĂ©rifie que sa perception correspond bien Ă  celle de la femme. La technologie n’aide pas Ă  s’ouvrir. Le modèle holistique oui.

Les Institutions. Comment amĂ©liorer l’hĂ´pital

Ce thème a rassemblĂ© une vingtaine de sages-femmes, mais la prĂ©sence de sages-femmes hospitalières en grande souffrance tout au long de la confĂ©rence souligne l’importance de ce thème. La souffrance principale Ă©tant les contradictions entre les dĂ©sirs des sages-femmes de servir les femmes avec respect de la physiologie, et les protocoles Ă©tablis par les obstĂ©triciens parfois avec des relations difficiles. La technologie est envahissante, et pour les mĂ©decins la pathologie est première. Pour les sages-femmes la peur rode, peur du drame, peur de la responsabilitĂ©. Françoise Bourdais nous a proposĂ© quelques chemins, Ă  nous sages-femmes, pour nous aider, aider les femmes.

La sage-femme est la protectrice de la naissance normale. Pour la femme le bĂ©bĂ© est premier, et nous pouvons l’aider Ă  se sentir chez elle: en lui parlant avec des mots qui lui soient familiers, en poussant le lit contre le mur et non comme trĂ´nant au centre de la pièce.

Nous avons entendu le tĂ©moignage de femmes ayant accouchĂ© Ă  l’hĂ´pital, pour qui la rencontre avec le mĂ©decin a Ă©tĂ© dramatique, destructeur. Leur reconstruction ensuite s’est faite par un long travail avec la sage-femme qui a pris le relais, qui leur a rendu la confiance en leur corps, en leur capacitĂ© de donner naissance. La suite de ces ateliers de rencontre entre parents et sages-femmes va se prolonger par l’Ă©tablissement par quelques sages-femmes d’un groupe femme-sage-femme en Bourgogne. Seules, nous ne pouvons rien!

Le rappel de la nĂ©cessitĂ© de participer Ă  la vie politique pour dĂ©fendre la place des femmes et des sages-femmes dans la naissance. Rendre aux femmes la fiertĂ© d’ĂŞtre mères.

La dĂ©claration d’Aix-la-Chapelle d’octobre 2000 demande que les sages-femmes soient reprĂ©sentĂ©es Ă  paritĂ© des mĂ©decins dans les instances qui dĂ©cident des politiques de santĂ© des femmes et tout particulièrement de la naissance. La dĂ©claration d’Aix-la-Chapelle demande l’accès des sages-femmes libĂ©rales aux plateaux techniques, ce qui est possible dans la loi française mais qui n’est pas mis en pratique. Dans les hĂ´pitaux qui ont ouvert leur plateau technique, les sages-femmes ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette ouverture qui amène d’autres façons de faire, un peu de libertĂ©! La sage-femme libĂ©rale n’est plus vue comme source de danger.

Naissances aquatiques
Intervenante: Cornélia Enning

CornĂ©lia est une sage-femme allemande, spĂ©cialisĂ©e dans la naissance aquatique. Elle fait des accouchements Ă  domicile. Elle nous rappelle tout d’abord que la molĂ©cule d’eau n’est jamais isolĂ©e mais regroupĂ©e en grappes avec d’autres molĂ©cules. Cette grappe contient les informations de tout ce qu’elle a touchĂ© car la mĂ©moire de l’eau n’a pas de limites. Si la tempĂ©rature de l’eau est trop Ă©levĂ©e (> Ă  37°C), l’information part; si elle est Ă  37°C, elle est fixĂ©e; si elle est en dessous de 37°C, elle est modulable. De plus, les molĂ©cules ne se contentent pas de faire des grappes mais elles font aussi des ponts (entre elles, et avec ce qu’elles touchent), elles favorisent donc la crĂ©ation de liens qui sera favorisĂ©e par une tempĂ©rature basse. Pendant l’accouchement, l’eau prolonge souvent la durĂ©e de l’expulsion car elle diminue la frĂ©quence des contractions. Ce qui crĂ©e des pauses plus longues et pour elle, comme en musique, il est très important de respecter les pauses. Car c’est pendant les pauses que le bĂ©bĂ© fait sa rotation et non pendant les contractions. Elle nous montre une vidĂ©o impressionnante d’accouchements dans l’eau. On ne voit jamais une main de sage-femme intervenir. Le couple est respectĂ© dans son rythme, la femme dans ses sensations. Il est important que la femme touche la tĂŞte de son bĂ©bĂ© pendant l’expulsion car ainsi elle aide le bĂ©bĂ© Ă  s’orienter vers sa main, elle le rĂ©conforte par ce simple contact et lui Ă©vite la peur de la sĂ©paration. Pendant la dilatation l’eau sert Ă  la dĂ©tente de la mère, pendant l’expulsion elle aide le bĂ©bĂ© et permet Ă  la mère d’avoir tout son temps. C’est important, durant la grossesse, de laisser la femme choisir la forme de sa piscine. La primipare cherche plus souvent Ă  pouvoir ĂŞtre couchĂ©e ou Ă  genoux et choisira une piscine peu profonde, la multipare recherche plus la position debout et donc des piscines plus profondes. Il y a possibilitĂ© de mettre une lumière dans l’eau (lampe de plongĂ©e) car la lumière au travers de l’eau n’aveugle pas l’enfant. On peut saler l’eau, cela permet Ă©ventuellement que si l’enfant en inhale, ce soit moins grave puisque liquide isotonique. Elle permet surtout de diminuer la pression sur la tĂŞte du bĂ©bĂ© car elle est identique Ă  celle du liquide amniotique. Cela permet souvent de prĂ©server la poche des eaux et de permettre que l’enfant naisse dans sa poche.

A la naissance, le bĂ©bĂ© peut rester dans l’eau jusqu’au premier regard. Il ne respirera pas tant que les rĂ©cepteurs qui dĂ©clencheront la première inspiration situĂ©s autour de la bouche sont dans l’eau. Dans la vidĂ©o, ce passage est très impressionnant, car on voit la tĂŞte qui sort dans sa poche, on attend la contraction suivante (et elles ne sont pas très frĂ©quentes!), les Ă©paules se dĂ©gagent… le bĂ©bĂ© fait sa rotation externe et se tourne donc vers sa maman, la mère le touche en le laissant libre de ses mouvements surtout au niveau de la tĂŞte et de la nuque, le papa (qui se trouve dans le dos de la maman) vĂ©rifie le tonus en cherchant Ă  ce que le bĂ©bĂ© s’agrippe Ă  son doigt… on attend la contraction suivante… bĂ©bĂ© ouvre les yeux… la contraction suivante arrive, il met sa tĂŞte en arrière, donne une impulsion vers l’avant en poussant probablement sur ses pieds et dĂ©gage le reste de son corps. Sa maman l’attrape et le pose sur son ventre.

CornĂ©lia nous montre la mème sĂ©quence dans un autre accouchement oĂą la maman tient la nuque de son bĂ©bĂ© quand il n’est pas encore complètement dĂ©gagĂ©. A la contraction suivante, il ne peut pas mettre sa tĂŞte en arrière et ne peut se dĂ©gager! Pendant la dilatation, la tempĂ©rature demandĂ©e par les femmes est souvent entre 32 et 35°C, pendant l’expulsion elle est souvent de 30 Ă  32°C. L’hypothermie permet de protĂ©ger les cellules cĂ©rĂ©brales du bĂ©bĂ©. Elle dĂ©veloppe cette propriĂ©tĂ© en proposant des entrainements dans l’eau aux bĂ©bĂ©s dans les temps qui suivent la naissance. Cela augmenterait le nombre de cellules cĂ©rĂ©brales dans le cerveau antĂ©rieur. Elle conclue en disant que, dans l’eau, la sĂ©crĂ©tion des catĂ©cholamines par la mère est moindre, cela permet que les enfants nĂ©s dans l’eau soient plus aptes Ă  supporter le stress sans devenir agressifs. Renseignements: www.hebinfo.de

Travail, mise en travail difficile

Si une femme Ă©prouve de la difficultĂ©, il faut avant tout rester proche d’elle, Ă  son Ă©coute. Elle doit ĂŞtre entendue. Si elle se plaint d’avoir mal, oĂą a-t-elle mal? Notre Ă©coute, sa parole, sont les premiers soins. Plus nous sommes libres d’entendre, plus elle peut s’exprimer (exemple: nous avons pris conscience que peut-ĂŞtre ce blocage est la consĂ©quence d’une agression sexuelle dont elle n’a pas pu parler. Notre reconnaissance de cette possibilitĂ© peut aider la femme Ă  le dire). Elle a mal, et le travail progresse peu: elle va bien, le bĂ©bĂ© va bien: patientons.

Plus on s’Ă©loigne de l’hĂ´pital et des mĂ©decins, plus il y a des risques. Mème si celle qui veut accoucher Ă  la maison est de loin celle qui ne devrait pas nous inquiĂ©ter (santĂ©, autonomie… que demander de plus), tout se passe comme si elle prenait des risques Ă©normes alors que ceux qu’elle prend sont ceux d’Ă©chapper au regard et au contrĂ´le mĂ©dical. Elle prend le risque de s’appartenir et demande Ă  la sage-femme de l’Ă©pauler dans sa dĂ©marche. Si le règlement de la loi et les sages-femmes tĂ©moignent plus du regard mĂ©dical, cela signifie aussi que la naissance n’appartient plus Ă  la communautĂ© mais bien plus aux professionnels. Les sages-femmes seront dĂ©sormais des nouveaux agents de contrĂ´le dans la vie des femmes, qui doivent littĂ©ralement demander la permission pour accoucher chez elles. L’autonomie des femmes et des sages-femmes sera rĂ©ciproque ou elle ne sera pas. Le projet de règlement doit ĂŞtre critiquĂ© dans cette perspective et j’en ai long Ă  dire Ă  ce sujet tu peux me croire! Je dois aller voir un bĂ©bĂ© et une nouvelle famille de trois jours… L’accouchement Ă©tait un hommage Ă  la Vie. Je suis privilĂ©giĂ©e… compte rendu de CĂ©line Lemay, sage-femme quĂ©bĂ©cois.

Pratiques

Aider les femmes Ă  se relier Ă  la confiance:

Rosalind Weston: sage-femme anglaise: Si on est bien centrĂ©, on ressent l’Ă©tat de la maman. Si elle est stressĂ©e, il faut commencer par nous dĂ©tendre, nous. Dans notre pratique, nous nous posons souvent la question: que faire si… il y a une dystocie des Ă©paules, ou une hĂ©morragie, ou…? C’est important de nous la poser, pour que nous ayons la rĂ©ponse prète au moment oĂą ça survient. Mais nous ne devons pas nous la poser dans la pièce oĂą se passe la naissance. Dès que nous en franchissons la porte, nous devons ĂŞtre neutres. Au moment de l’accouchement, si la femme Ă  tendance Ă  perdre connaissance, il faut lui dire de rester! En effet, tout le monde peut quitter la salle, la sage-femme, le mari… sauf elle!

NaolĂ­ Vinaver: sage-femme mexicaine, mère de trois enfants, pratiquant les accouchements Ă  domicile et qui a beaucoup appris avec les sages-femmes traditionnelles: Elle nous relate dĂ©jĂ  de façon merveilleuse la naissance de son troisième enfant; accouchement pendant lequel elle s’est sentie comme une bĂŞte sauvage, avec cette force instinctive de donner la vie. A aucun moment son intellect s’est mis en marche. Voici quelques-uns de ses propos: «La sage-femme doit ĂŞtre comme de l’eau qui s’adapte au rĂ©cipient qui la contient. Elle doit toujours se poser la question: comment ĂŞtre une bonne sage-femme pour cette femme-lĂ ? Ce qui est important, c’est de sentir que chacun est bien dans la place qu’il prend. Nous devons prendre conscience que les gens pensent souvent que nous sommes responsables de leur bonheur, alors que nous sommes simplement dans la danse de la vie. Nous pouvons les amener Ă  ce qu’ils se sentent responsables de leur vie.»

En cours de grossesse: après la consultation NaolĂ­ berce les femmes Ă  l’aide du reboso, ce châle en coton souple et solide de 70cm environ de large. La femme s’allonge, le reboso est sous son bassin et jusqu’au point haut du ventre. La sage-femme prend le reboso un extrĂ©mitĂ© du châle dans chaque main et berce la femme de droite, puis de gauche. Ensuite le reboso est descendu plus au niveau du sacrum, la sage-femme berce alors la femme verticalement sans fatigue par un petit rebond au niveau des genoux. Elle encourage aussi les femmes Ă  boire une infusion de feuilles de framboisier, qui aide Ă  dĂ©tendre l’utĂ©rus. Les soupes d’ortie apportent calcium et fer. En cours de travail: de l’eau contenant des herbes est mise Ă  bouillir, tant pour la chaleur, l’odeur agrĂ©able, que pour aider le travail: origan, romarin, cannelle, poivre, feuilles d’avocat. NaolĂ­ nous montre le massage de points qui aident la dĂ©tente du bassin. Ces points sont les replats situĂ©s juste au dessus des «pointes» de l’occiput Ă  la base du crâne. De fait ce massage est très dĂ©tendant! La femme et la sage-femme peuvent prendre une boisson de chocolat diluĂ© Ă  l’eau avec du miel. La famille prĂ©pare une jeune poule avec des lĂ©gumes. Le bouillon est bon pendant le travail et la poule restaurera famille, femme et sage-femme après la naissance. Pour aider la descente du bĂ©bĂ©, voire l’aider Ă  tourner, on peut simplement faire danser la femme Ă  l’aide du reboso. Mais si ça n’est pas suffisant, on va allonger la femme, le bassin surĂ©levĂ©, sur le reboso et on va la bercer en donnant des petits coup secs pour indiquer au bĂ©bĂ© qu’il faut tourner.

Parfois on va en mème temps bercer ou secouer avec le reboso, pendant que la sage-femme aide par un toucher, le bĂ©bĂ© Ă  se positionner correctement. Les assistants aident ensuite la femme Ă  se relever pendant que la sage-femme continue Ă  maintenir la prĂ©sentation. Dans la dernière phase de travail pour aider un bĂ©bĂ© Ă  s’engager, on peut appuyer sur le haut des hanches de la femme pour faire ouvrir le bas du bassin. Bien sĂ»r, quand tout va rondement, on ne fait rien! NaolĂ­ nous parle aussi des herbes que l’on peut utiliser. Mais comme prĂ©cĂ©demment les doses ne sont pas indiquĂ©es et donc une formation complĂ©mentaire est probablement nĂ©cessaire! Les feuilles de framboisier sont favorables en infusion, tout au long de la grossesse. Le romarin dans un bain après l’accouchement contre la fatigue, c’est aussi un antiseptique, et aide les dĂ©chirures Ă  cicatriser. Les feuilles de chou blanc sont très efficaces contre les seins trop tendus des premiers jours de dĂ©marrage de l’allaitement. On retire la feuille quand elle est amincie (ou si la tension est rĂ©sorbĂ©e). L’ortie en infusion en soupe apporte calcium et fer.

Aider le corps Ă  se refermer après la naissance: Le bain au 6ème jour après la naissance se fait avec romarin + rue + feuilles d’olivier + origan + chrysanthème partenium + chenopodium + peau de banane plantain (qui guĂ©rit très bien les crevasses du mamelon). Puis la femme sort du bain et on la resserre Ă  l’aide du reboso: au niveau de la tĂŞte, puis des Ă©paules, puis juste sous la poitrine, puis au niveau des hanches, puis au dessus des genoux, puis sous les genoux puis au niveau des pieds. Il est plus simple de faire ce resserrage Ă  l’aide du reboso et deux personnes: chacune prenant en main une des extrĂ©mitĂ©s du reboso, on l’Ă©tale bien autour de la partie du corps a resserrer, puis les deux personnes font une torsade de la partie du reboso inutile Ă  envelopper la femme, on croise les deux extrĂ©mitĂ©s et on Ă©change. Les deux personnes tirent vers elles le reboso doucement, jusqu’Ă  ce que la femme les avertisse que ce n’est plus utile.

Parallèlement on prépare dans une bouteille de propylène glycol de deux litres où on macère du romarin, du chrysanthème, de la peau de banane plantain. Trois semaines plus tard ce mélange est brun vert et on peut le mettre sur le ventre pour le retendre.

Aider un bĂ©bĂ© Ă  tourner de prĂ©sentation de siège: C’est une Ĺ“uvre de la journĂ©e pour la femme qui dĂ©sire faire tourner son bĂ©bĂ©: Elle s’allonge 20 minutes sur le dos le bassin surĂ©levĂ©, puis elle fait ce qu’elle veut pendant deux heures. Ensuite elle reste 20 minutes en prière musulmane; Ă  nouveau elle fait ce qu’elle veut pendant deux heures. Enfin elle marche Ă  quatre pattes pendant 20 minutes. Le bĂ©bĂ© devrait avoir tournĂ© avant la visite le lendemain. Si ce n’est pas le cas la femme peut recommencer encore une journĂ©e (NaolĂ­ n’a jamais de bĂ©bĂ© en siège! sauf une fois un bĂ©bĂ© qui s’Ă©tait tournĂ© Ă  la dernière minute!).

Peut-ĂŞtre aussi qu’elle Ă©vite de ressentir l’appui du bĂ©bĂ© sur le col. Les contractions ne peuvent faire progresser. Lui suggĂ©rer de changer de position pour permettre un meilleur appui: vaut-il mieux avoir le bĂ©bĂ© ou avoir moins mal? Choisir que le bĂ©bĂ© appuie plus pour que le travail avance rondement. Le but c’est le bĂ©bĂ©! Mais parfois aller Ă  l’hĂ´pital peut ĂŞtre un changement utile. Il y a des points de digipuncture, un peu au dessus de la mallĂ©ole, un autre sur le dessus de la main. Les points de digipuncture douloureux doivent ĂŞtre massĂ©s.

Aider un col dur tonique Ă  lacher: Susan Houd directrice de l’Ă©cole de sages-femmes danoise: en cours de grossesse dĂ©jĂ , chaque jour, la femme pourrait (devrait?) soulever son utĂ©rus pour favoriser la circulation dans le petit bassin, mais aussi dans les jambes: les mains sont mises sur l’utĂ©rus aussi près ou mème s’insinuent un peu sous de la symphyse pubienne et dans le temps de l’expiration la femme remonte son utĂ©rus. Les femmes qui ont un problème en cours de grossesse (MAP, difficultĂ© de circulation dans les jambes) devraient faire ce mouvement trois fois par jour. Mais ce qui est encore plus nĂ©cessaire pour ces femmes comme pour celles qui ont un col tonique en cours de travail qui ne veut pas lâcher: le mieux serait de faire un toucher rectal pour sentir au bout du doigt un seuil dur dans la paroi. Ce geste est difficile Ă  faire, aussi on peut sentir Ă  gauche de l’utĂ©rus cette mème barrière, comme un petit relief dur sous les doigts, sur le trajet du rectum. On masse pour faire lâcher cette rĂ©sistance qui en mème temps fait lâcher celle du col utĂ©rin.

Aider un bĂ©bĂ© Ă  descendre: Un bĂ©bĂ© cesse de progresser. On peut faire «danser» la femme soit sur de la musique, soit avec un châle (reboso au Mexique). La femme est enveloppĂ©e au niveau des hanches dans le reboso et la sage-femme la fait danser en tirant un cĂ´tĂ© puis l’autre du reboso. Si on veut que le bĂ©bĂ© tourne on berce ainsi, puis on donne une impulsion un peu plus rapide comme pour faire tourner une poire dans un bocal de sirop. Parfois le bĂ©bĂ© est trop asynclite ou mal tournĂ©: on installe la femme le bassin sur un coussin et sur le reboso. Et on secoue le basin soutenu soulevĂ© par le reboso: pour dĂ©sengager le bĂ©bĂ©. La sage-femme peut alors en mème temps aider le bĂ©bĂ© Ă  tourner ou se repositionner mieux avec une main en vaginal (c’est un assistant, le père qui tient le reboso). La sage-femme maintient la position du bĂ©bĂ©, l’assistant, les assistants aident la femme Ă  se relever et Ă  se mettre debout. Le bĂ©bĂ© guidĂ© peut redescendre dans le bassin avec une position meilleure.

Dystocie des Ă©paules: Ce ne sont pas toujours des gros bĂ©bĂ©s qui font une dystocie des Ă©paules. Parfois ce sont des bĂ©bĂ©s qui ont eu une progression très rapide de travail. Aider la femme Ă  se mettre Ă  quatre pattes (ce qui laisse dĂ©jĂ  un meilleur abord de l’Ă©paule postĂ©rieure et fait d’avantage de place). On pousse le bras lĂ©gèrement vers l’ arrière du corps du bĂ©bĂ©, ce qui le fait se plier et permet d’attraper l’avant bras que l’on tire devant le visage du bĂ©bĂ©.

Siège: jamais en dĂ©cubitus dorsal! La poussĂ©e se fait avec la femme debout, soutenue. Terme qui se dĂ©passe: prendre deux cuillères Ă  soupe d’huile de ricin avec un jus de citron. Prendre un bain chaud et une petite vodka. Dormir ensuite. Deux heures plus tard reprendre deux cuillères Ă  soupe d’huile de ricin avec le jus de citron… On peut recommencer 48h plus tard (recette canadienne). Un livre donne de très bonnes idĂ©es: Labor progress de Penny Simkin.

DĂ©collement du placenta: Pour favoriser la fabrication d’ocytocine naturelle laisser le bĂ©bĂ© Ă  sa mère, bien au chaud. Ne pas couper le cordon (qui favorise qu’une autre personne prenne le bĂ©bĂ© et aussi un volume plus important du placenta). Rappeler Ă  la mère qu’elle peut y arriver, le placenta n’est pas si gros que ça! Couper le cordon seulement après la sortie du placenta. Un ensemble de recettes a Ă©tĂ© donnĂ© mais je n’ai pas notĂ© les doses: un verre de chlorure de magnĂ©sium chaque demi heure. De la teinture mère d’angĂ©lique. Faire vomir la mère avec sa tresse dans la gorge. Si le caulophyllum a Ă©tĂ© efficace en cours de travail continuer Ă  l’utiliser. Masser l’utĂ©rus avec du palma rosa. Utiliser aussi cantharis 4CH.

Pour amĂ©liorer la naissance Ă  l’hĂ´pital chaque sage-femme peut s’enrichir de pratiques alternatives qui relient chacun de nous Ă  l’essentiel: le cerveau profond, ou cerveau limbique.

DĂ©construisons l’obstĂ©trique pour construire la sage-femmerie: Huguette Conesramy

La sage-femmerie c’est la vie. La naissance est un rite de passage. Ecoutons un moment l’hĂ´pital. Imaginons ce que nous dit l’hĂ´pital: fermons les yeux pour cela?

Nous y entendons des voix de commandement, agressives, de peur, de douleur. Car quel est le centre de l’obstĂ©trique? C’est l’instrumentation d’un processus naturel Ă  l’aide de pouvoir et d’argent. On cherche le pouvoir sur la nature, Ă  l’aide de la science. Pour rĂ©sister la sage-femme est devenue acadĂ©mique au lieu de pratique. La sage-femme est protectrice de la naissance normale: Ce sont les femmes qui ont des grossesses et des accouchements normaux! La sage-femme doit monter au crĂ©neau politique, faire prendre conscience aux femmes de la valeur de la naissance. Leur rendre la gloire de la mise au monde. Nous sommes le bras droit des femmes pas des obstĂ©triciens.

L’atelier «Maison de Naissance»

L’atelier «Maison de Naissance» s’est dĂ©roulĂ© autour de l’historique des projets au QuĂ©bec et principalement des questions des participantes. Il Ă©tait nĂ©cessaire de replacer nos Maisons de Naissance dans le mouvement de lĂ©galisation de la profession ainsi que de nommer les enjeux professionnels, culturels et politiques entourant la profession de sage-femme. Les participantes avaient besoin de saisir les aspects matĂ©riels du fonctionnement (le quotidien des sages-femmes, les transferts, comment dĂ©marrer…). Nous avions des documents relatifs Ă  l’implantation des Maisons de Naissance et avons Ă©changĂ© sur la place des parents dans le fonctionnement de ce lieu de naissance. Le besoin principal, je crois, Ă©tait Ă  la fois d’avoir de l’information sur des points particuliers mais surtout de crĂ©er l’image d’un lieu de naissance qui n’est pas l’hĂ´pital et qui fonctionne bien. Ce lieu implique aussi une pratique sage-femme qui n’est pas une simple pratique obstĂ©tricale «douce». Le modèle dominant est tellement fort que les Ă©changes sur ce qui existe dans la marge sont essentiels pour la transformation de la culture de la naissance dans nos pays. Je pourrais dire aussi que les participantes ont Ă©tĂ© très intĂ©ressĂ©es par le projet de la Colombie Britannique sur l’accouchement Ă  la maison.

Je dois dire que le prix ne fait pas partie de la diffĂ©rence entre l’accouchement Ă  la maison et en Maison de Naissance car les sages-femmes au QuĂ©bec sont payĂ©es par l’Ă©tat pour exercer leur profession, peu importe le lieu de naissance. Le fait de parler de prix fait rĂ©fĂ©rence aux sages-femmes qui travaillent comme travailleuses autonomes (comme je l’ai fait pendant des annĂ©es) et qui est payĂ©e Ă  ce moment par ses clients. On peut croire que pour des accouchements Ă  la maison il n’y a pas de normes, ce qui n’est pas vrai. En fait les normes sont Ă  peu près les mèmes. Celle qui veut accoucher Ă  la maison doit ĂŞtre en santĂ©, avoir eu une grossesse qui s’est dĂ©roulĂ©e normalement, accoucher Ă  terme… etc. L’Ă©quipement n’est pas diffĂ©rent et ça ne prend pas une remorque pour le transporter. Ce qui me prĂ©occupe en fait c’est que pendant les projets pilotes on demandait aux sages-femmes d’abord d’Ă©valuer si la femme Ă©tait «éligible» au suivi sage-femme. La mème demande est recommandĂ©e pour les sages-femmes qui sont avec les femmes qui veulent accoucher Ă  la maison. Ce qui me dĂ©range c’est l’idĂ©e qu’il faut ĂŞtre une femme «spĂ©ciale» pour ĂŞtre «élue» apte Ă  ĂŞtre suivie par une sage-femme alors qu’au moins 80% des femmes le sont! En fait toute femme devrait ĂŞtre suivie par une sage-femme, sauf preuve du contraire.
La santé appartient aux gens et non pas aux professionnels.

Toute grossesse est normale et physiologique AVANT le suivi de grossesse et non pas APRES. Tout se passe comme si c’est grâce au professionnel que la grossesse et l’accouchement sont normaux… Comme si la grossesse et l’accouchement doivent ĂŞtre «traitĂ©s» afin d’ĂŞtre qualifiĂ©s de «normaux». C’est le monde Ă  l’envers! Il y a une telle diffĂ©rence entre «veiller sur» la mère et l’enfant et les «sur-veiller»! C’est dans ces espaces que naviguent la confiance, le doute et la peur… Nous sommes Ă  la fois si forts et si fragiles… comme la vie. (N.B. J’aime mieux parler d’accouchement Ă  la maison que d’accouchement Ă  domicile, terme peut-ĂŞtre exact mais qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  une notion civique et administrative. J’ai accouchĂ© Ă  mon domicile mais je n’ai pas accouchĂ© Ă  domicile: j’ai accouchĂ© Ă  la maison, ce qui fait Ă©normĂ©ment plus de sens.)

Une Nuit Ă  Paris

En plein milieu du congrès de Midwifery Today, en pleine nuit je me suis rĂ©veillĂ©e, ce qui n’est pas très nouveau dans mon cas et je suis restĂ©e Ă©veillĂ©e une partie de la nuit, ce qui n’est pas nouveau non plus. Cependant ce n’Ă©tait pas mes travaux ou mes lectures qui me tiraillaient mais bien les Ă©motions suscitĂ©es par ma prĂ©sence en terre de France entourĂ©e de sages-femmes françaises et de la rĂ©alitĂ© de l’accouchement lĂ -bas: 90% de pĂ©ridurales, hypermĂ©dicalisation de la naissance. Les femmes et les sages-femmes souffrent… Je devais Ă©crire les pensĂ©es et les larmes qui m’habitaient.

La pensée obstétricale est traversée par la peur.

Les femmes ont peur.

Mais au lieu de développer des comportements pour être rassuré et se rassurer la pratique obstétricale a développé la technique autour de la naissance comme réponse à la peur. Illusion…

Si les intervenants Ă©taient rassurĂ©s par la technique, ils seraient rassurants, ce qui n’est pas le cas. L’hypermĂ©dicalisation tĂ©moigne alors d’une hyper-peur. La rĂ©ponse technique Ă  la peur des femmes leur donne une rassurance fugace et partielle en plus de nourrir l’illusion que plus de technique pourra peut-ĂŞtre enfin rĂ©gler le problème. Elles acceptent en gĂ©nĂ©ral cette logique circulaire et vicieuse qui les maintient dans la dĂ©pendance et les aliène de leur expĂ©rience de maternitĂ©. La pratique obstĂ©tricale devient alors une forme institutionnalisĂ©e, normalisĂ©e et structurĂ©e autour de la notion de «c’est pour son bien» de violence faite aux femmes… et que les femmes demandent et acceptent, croyant que c’est pour le bien de leur enfant. Si c’est nĂ©cessaire d’ĂŞtre saoul pour ne pas sentir la douleur en dĂ©boulant un escalier, cela devient presque nĂ©cessaire d’avoir une pĂ©ridurale pour ne pas souffrir de la violence obstĂ©tricale.

Plus besoin de parler de la société patriarcale.

Nous avons maintenant la société obstétricale.

La pĂ©ridurale ne permet pas seulement de supporter la douleur de l’enfantement, elle permet de supporter la violence de la cascade d’interventions au nom du bien-ĂŞtre de l’enfant. La violence: contre l’intĂ©gritĂ© du corps de la femme et contre l’unitĂ© mère/enfant

La fuite donne souvent plus d’importance Ă  ce que l’on fuit. L’obstĂ©trique est souvent une fuite en avant.

L’abus de la pensĂ©e obstĂ©tricale a transformĂ© la pratique en rĂ©gime qui fait le mème effet sur les femmes que le rĂ©gime taliban: il les rend invisibles.

Nous avons Ă©tĂ© des enfants douĂ©s (cf. Le drame de l’enfant douĂ©), nous sommes maintenant des patientes douĂ©es…

Le principe Ă©thique le plus fondamental (selon Kant) est de toujours considĂ©rer l’Humain comme une fin et non pas comme un moyen.

La Dérive Obstoétricale

A partir du moment oĂą la mère et l’enfant sont considĂ©rĂ©s comme deux personnes sĂ©parĂ©es (dans leur corps et leurs intĂ©rèts), ET Ă  partir du moment oĂą l’on affirme que le seul but est d’avoir «un beau bĂ©bĂ© en santé», la femme devient alors UN MOYEN pour atteindre ce but. Et la femme va tout accepter… Parce qu’elle est la mère… Elle va accepter d’ĂŞtre suivie (ou plutĂ´t traquĂ©e), testĂ©e, Ă©chographiĂ©e, ponctionnĂ©e, perfusĂ©e, monitorĂ©e, attachĂ©e, Ă  jeun mais droguĂ©e, coupĂ©e, violĂ©e par des forceps, ouverte au scalpel.

Elle va accepter de ne pas accoucher, de se faire accoucher (c’est plus sĂ»r n’est-ce pas?), de ne pas mettre au monde son enfant mais que le monde lui prenne son enfant.
Pour le bien de son bĂ©bĂ©, parce qu’elle est sa mère…

Facile de faire une diversion autour des risques des lieux pour l’enfantement, cela permet de ne pas se rendre compte que la femme est de plus en plus considĂ©rĂ©e comme un lieu de risque pour son enfant Ă  naĂ®tre. Avant on Ă©tait sĂ»r que le fĹ“tus Ă©tait protĂ©gĂ© par sa mère. Maintenant, on considère qu’il devrait ĂŞtre protĂ©gĂ© «de» sa mère…

Je suis si fatiguée… c’est-à-dire si triste….

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Pouvez-vous, vous sage-femme, donner Ă  ces travaux une autre conclusion? Une ouverture? Un espoir?

About Author: Céline Lemay

Céline Lemay est une sage-femme québécoise.

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